Dentelle litterature

L interpretation

Victor Hugo et la dentelle.

Le 19/11/2020

L’intervention.

Comédie de Victor Hugo

Cette comédie en cinq scènes et en prose, écrite en 1866, n’a pas été ni jouée du vivant de Victor Hugo mais a été publiée en 1951 et jouée pour la première fois en 1964 (mise en scène de Patrice Chéreau). Cette pièce est aujourd’hui incluse dans le recueil Théâtre en liberté dont elle ne faisait pas partie lors de l’édition originale en 1886.
Elle a été donnée par le Théâtre 95 de Cergy en octobre 2016 par la compagnie SE NON E VERO.

Voici le texte de présentation :

« Deux ouvriers épuisés par le destin, une « artiste » sensuelle et évanescente, un baron de pacotille : toute la condition humaine, pathétique et cocasse, un chassé-croisé fugace et fantasmagorique. Dans cette œuvre géniale aux multiples facettes, l’humour et la tendresse préservent l’espoir et, les rêves dissipés, il reste le réel- ou tout redevient possible.
Marcinelle et Edmonde forment un couple misérable. Il est éventailliste, elle est dentellière. Jaloux, ils se font des « scènes », se reprochant l’un à l’autre d’être l’un et l’autre attirés par les beaux messieurs fortunés et les belles dames en toilettes…. Une double, triple, « intervention » va venir révéler ce qu’il en est de leur amour… »

L’argument

La scène se déroule dans une chambre mansardée au mobilier très pauvre. Edmond Gombert fabrique des éventails et sa femme Marcinelle est dentellière. Ils ne cessent de se disputer et sont tous deux très jaloux. Au fil de la pièce, Edmond puis Marcinelle sont séduits et tentés par le pouvoir attractif de l’argent facile via la Belle Eurydice et le très riche Baron de Gerpivrac. Unis par le drame de la perte de leur enfant, Edmond et Marcinelle finiront par faire triompher l’amour et la vertu.

Marcinelle parle de ses livraisons de dentelles, du prix du travail fait. La Belle Eurydice, une de ses clientes l’a connue dans leur jeunesse commune de paysannes, dans un village près de Valenciennes. Elle devient sa cliente et veut se faire reconnaitre de Marcinelle. Celle-ci doute de son identité et pour se faire reconnaître Eurydice lui rappelle quelques souvenirs d’enfance et tout ce qu’elle connaît de la dentelle.

Voici les extraits où Victor Hugo nous parle du travail des dentellières (et de mode aussi.) :

Premier extrait :

EDMOND GOMBERT

.. — À l'ouvrage, allons.

MARCINELLE

Et moi, je vais reporter le mien en ville. Je pars avec mon carton. Ah ! on doit venir aujourd'hui chercher le châle de point de Bruxelles que j'avais à raccommoder, il est fini. C'est la femme de chambre qui l'a apporté́, mais elle a dit que la dame viendrait peut-être le chercher elle-même. Si l'on vient, tu le remettras à la personne. Le voilà…….

Si l'on demande à payer tu recevras l'argent, il y a dix jours d'ouvrage, c'est dix francs. ….

Voici comment est présentée Mlle Eurydice dans la didascalie qui précède son entrée :

(La porte du fond s'ouvre, on aperçoit Mademoiselle Eurydice. Robe en yak nuance blonde, à montants de taffetas vert printemps, écharpe pareille très décolletée et tout du long, sur le devant de la robe, boutons de taffetas vert dans une agrafe de guipure. Ceinture de gros-grain vert, soutenant une aumônière de moire verte voilée de guipure. Casquette de paille blonde à plume blanche traversée d'une aile de perroquet. Elle tient un volumineux bouquet. …)

Victor Hugo s’y connaît en matière de mode !

Et voici le passage où l'on parle de la dentelle :

Deuxième extrait :

« MADEMOISELLE EURYDICE

Mais tutoie-moi donc ! C'est parce que j'ai l'air riche que tu me fais affront. Je te fais l'effet d'être heureuse. C'est ça, on ne reconnaît pas ses amis dans le bonheur. — Cette dentelle-là, si j'avais voulu, je l'aurais raccommodée moi-même. Tout aussi bien que toi. J'en suis, du métier. Parbleu, on met le patron derrière la rangée d'épingles ; on ne travaille jamais que quatre fuseaux à la fois ; s'il arrive qu'on en prenne huit, on les travaille deux à deux, ce qui fait quatre doubles ; on prend les fuseaux dans le tas à droite, on les porte au milieu, on les jette à gauche, on les tord, et l'on continue jusqu'aux deux derniers, en piquant une épingle à chaque point. Autre travail pour le réseau, autre travail pour la bride, autre travail pour la fleur. Pour la Malines, passé l'âge de sept ans on ne peut plus apprendre, on a les doigts trop gros. Dire qu'on passe quelquefois des quinze mois, des vingt mois sur une pièce ! On vous donne un poids de fil et il faut rapporter le même poids de dentelle. Quand on pense qu'il y a du fil depuis cent francs jusqu'à dix-huit cents francs ! Je savais aussi faire le point d'Alençon ; pour celui-là il faut la pince à épiler. Et il y a le tracé, le rempli, la couchure, la bouclure, le point gaze, le levage, l'assemblage, le régalage, l'affiquage. Te rappelles-tu notre curé ? Comme il était farce ! On l'entendait qui toussait pendant la messe et qui disait : « J’aurais mieux fait de rester dans mon lit à soigner mon asthme. » C'était un bonhomme plein d'amitié́. T'a-t-il pris le menton à toi ? Il y a d'autres points encore, le mignon, la broche, les picots, est-ce que je sais, suivant le goût du fabricant. Comme c'était amusant la ducasse, et les querelles des processions à la Fête-Dieu… »