La dentelle en littérature

L’INTERVENTION (Comédie de Victor Hugo)

Cette comédie en cinq scènes et en prose, écrite en 1866, n’a pas été ni jouée du vivant de Victor Hugo mais a été publiée en 1951 et jouée pour la première fois en 1964 (mise en scène de Patrice Chéreau). Cette pièce est aujourd’hui incluse dans le recueil Théâtre en liberté dont elle ne faisait pas partie lors de l’édition originale en 1886.
Elle a été donnée par le Théâtre 95 de Cergy en octobre 2016 par la compagnie SE NON E VERO.

L interpretation

Présentation:

« Deux ouvriers épuisés par le destin, une « artiste » sensuelle et évanescente, un baron de pacotille : toute la condition humaine, pathétique et cocasse, un chassé-croisé fugace et fantasmagorique. Dans cette œuvre géniale aux multiples facettes, l’humour et la tendresse préservent l’espoir et, les rêves dissipés, il reste le réel- ou tout redevient possible.
Marcinelle et Edmonde forment un couple misérable. Il est éventailliste, elle est dentellière. Jaloux, ils se font des « scènes », se reprochant l’un à l’autre d’être l’un et l’autre attirés par les beaux messieurs fortunés et les belles dames en toilettes…. Une double, triple, « intervention » va venir révéler ce qu’il en est de leur amour… »

L’argument

La scène se déroule dans une chambre mansardée au mobilier très pauvre. Edmond Gombert fabrique des éventails et sa femme Marcinelle est dentellière. Ils ne cessent de se disputer et sont tous deux très jaloux. Au fil de la pièce, Edmond puis Marcinelle sont séduits et tentés par le pouvoir attractif de l’argent facile via la Belle Eurydice et le très riche Baron de Gerpivrac. Unis par le drame de la perte de leur enfant, Edmond et Marcinelle finiront par faire triompher l’amour et la vertu.

Marcinelle parle de ses livraisons de dentelles, du prix du travail fait. La Belle Eurydice, une de ses clientes l’a connue dans leur jeunesse commune de paysannes, dans un village près de Valenciennes. Elle devient sa cliente et veut se faire reconnaitre de Marcinelle. Celle-ci doute de son identité et pour se faire reconnaître Eurydice lui rappelle quelques souvenirs d’enfance et tout ce qu’elle connaît de la dentelle.

Extraits

  • Extrait 1:

EDMOND GOMBERT

.. — À l'ouvrage, allons.

MARCINELLE

Et moi, je vais reporter le mien en ville. Je pars avec mon carton. Ah ! on doit venir aujourd'hui chercher le châle de point de Bruxelles que j'avais à raccommoder, il est fini. C'est la femme de chambre qui l'a apporté́, mais elle a dit que la dame viendrait peut-être le chercher elle-même. Si l'on vient, tu le remettras à la personne. Le voilà…….

Si l'on demande à payer tu recevras l'argent, il y a dix jours d'ouvrage, c'est dix francs. ….

Voici comment est présentée Mlle Eurydice dans la didascalie qui précède son entrée

(La porte du fond s'ouvre, on aperçoit Mademoiselle Eurydice. Robe en yak nuance blonde, à montants de taffetas vert printemps, écharpe pareille très décolletée et tout du long, sur le devant de la robe, boutons de taffetas vert dans une agrafe de guipure. Ceinture de gros-grain vert, soutenant une aumônière de moire verte voilée de guipure. Casquette de paille blonde à plume blanche traversée d'une aile de perroquet. Elle tient un volumineux bouquet. …)

Victor Hugo s’y connaît en matière de mode !

Et voici ce qu’elle le passage où on parle de la dentelle

  • Extrait 2:

« MADEMOISELLE EURYDICE

Mais tutoie-moi donc ! C'est parce que j'ai l'air riche que tu me fais affront. Je te fais l'effet d'être heureuse. C'est ça, on ne reconnaît pas ses amis dans le bonheur. — Cette dentelle-là, si j'avais voulu, je l'aurais raccommodée moi-même. Tout aussi bien que toi. J'en suis, du métier. Parbleu, on met le patron derrière la rangée d'épingles ; on ne travaille jamais que quatre fuseaux à la fois ; s'il arrive qu'on en prenne huit, on les travaille deux à deux, ce qui fait quatre doubles ; on prend les fuseaux dans le tas à droite, on les porte au milieu, on les jette à gauche, on les tord, et l'on continue jusqu'aux deux derniers, en piquant une épingle à chaque point. Autre travail pour le réseau, autre travail pour la bride, autre travail pour la fleur. Pour la Malines, passé l'âge de sept ans on ne peut plus apprendre, on a les doigts trop gros. Dire qu'on passe quelquefois des quinze mois, des vingt mois sur une pièce ! On vous donne un poids de fil et il faut rapporter le même poids de dentelle. Quand on pense qu'il y a du fil depuis cent francs jusqu'à dix-huit cents francs ! Je savais aussi faire le point d'Alençon ; pour celui-là il faut la pince à épiler. Et il y a le tracé, le rempli, la couchure, la bouclure, le point gaze, le levage, l'assemblage, le régalage, l'affiquage. Te rappelles-tu notre curé ? Comme il était farce ! On l'entendait qui toussait pendant la messe et qui disait : « J’aurais mieux fait de rester dans mon lit à soigner mon asthme. » C'était un bonhomme plein d'amitié́. T'a-t-il pris le menton à toi ? Il y a d'autres points encore, le mignon, la broche, les picots, est-ce que je sais, suivant le goût du fabricant. Comme c'était amusant la ducasse, et les querelles des processions à la Fête-Dieu… »

 

MA VIE D’ENFANT (MÉMOIRES AUTOBIOGRAPHIQUES DE MAXIME GORKI)

Maxime Gorki (1870-1936) est un écrivain russe. Tour à tour marmiton, boulanger, vagabond, débardeur, pèlerin, Maxime Gorki (de son vrai nom Alexis Pechkof) a connu tous les mondes, côtoyé toutes les misères, subi toutes les privations, frôlé toutes les laideurs et senti toutes les beautés, jusqu’au jour où, désespéré, à vingt ans, il se tira dans la poitrine cette balle qui lui troua le poumon gauche, le laissant incurablement malade pour le reste de ses jours.

 

Extraits de ma vie d’enfant, publié en 1921

 

Ma vie d enfant

 

Sa grand-mère lui raconte son enfance :

...« Durant ce temps, à la maison, j’essayais de faire de la dentelle ; je tenais à apprendre le plus vite possible afin d’aider maman, et quand j’échouais dans mes tentatives, je versais des larmes. En deux ans et quelques mois, j’appris à fond le métier et bientôt je fus très connue en ville ; si quelqu’un avait besoin d’un ouvrage bien fait, c’était à moi qu’on s’adressait : ≪ Tiens, Akoulina, fais danser tes fuseaux ! ≫ Et j’étais heureuse! »...

Plus loin, il décrit une scène entre son grand père et sa grand-mère :

...« Assise près de la fenêtre, grand’mère faisait de la dentelle ; les fuseaux cliquetaient avec un bruit joyeux et précipité ; sous le soleil printanier, le coussin brillait comme un hérisson doré, car il était tout constelle d’épingles de laiton. Grand’mère, elle aussi, luisait comme du cuivre ; elle n’avait pas changé. »...

 

 

LES CARNETS DE MALTE LAURITS BRIGGE (RILKE)

 

Rainer Maria Rilke est un écrivain autrichien né le 4 décembre 1875 à Prague en Bohème et mort le 30 décembre 1926 à Montreux en Suisse.

Il a écrit son roman « Les carnet de Malte Laurits Brigge en 1904 et 1910.

Extraits:

« Et voici que je sais de nouveau ce qui arrivait lorsque maman déroulait les petites pièces de dentelles. Car elle avait occupé pour ses besoins un seul des tiroirs du secrétaire d’Ingeborg.

« Voulons-nous les regarder, Malte ? » disait-elle, et elle se réjouissait comme si l’on allait lui faire cadeau de tout ce que contenait le petit casier en laque jaune. Et puis elle ne pouvait même plus, tant son impatience était grande, déplier le papier de soie. Chaque fois je devais m’en acquitter à sa place. Mais moi aussi j’étais tout agité lorsque les dentelles apparaissaient. Elles étaient enroulées autour d’un cylindre en bois que l’épaisseur de dentelle empêchait de voir. Et voici que nous les défaisions lentement et que nous regardions les dessins se dérouler et que nous nous effrayions un peu, chaque fois que l’un d’eux prenait fin. Ils s’arrêtaient si soudainement.

D’abord venaient des bandes de travail italien, des pièces coriaces aux fils tirés, dans lesquelles tout se répétait sans cesse, avec une claire évidence, comme dans un jardin de paysans. Et puis, tout à coup, une longue série de nos regards étaient grillagés de dentelle à l’aiguille vénitienne, comme si nous étions des cloîtres ou bien des prisons. Mais l’espace redevenait libre et l’on voyait loin, au fond des jardins qui se faisaient toujours plus artificiels, jusqu’à ce que tout devant les yeux devînt touffu et tiède, ainsi que dans une serre : des plantes fastueuses que nous ne connaissions pas, étalaient des feuilles immenses, des lianes étendaient leurs bras les unes vers les autres, comme si un vertige les avait menacées, et les grandes fleurs ouvertes des points d’Alençon troublaient tout de leur pollen répandu. Soudain, épuisé et troublé, l’on était dehors et l’on prenait pied dans la longue piste des Valenciennes, et c’était l’hiver, de grand matin, et il y avait du givre. Et l’on se poussait à travers les fourrés couverts de neige des Binche, et l’on parvenait à des endroits où personne encore n’avait marché ; les branches se penchaient si singulièrement vers le sol ; il y avait peut-être une tombe là-dessous, mais nous nous le dissimulions l’un à l’autre. Le froid se serrait toujours plus étroitement contre nous, et maman finissait par dire lorsque venaient les toutes fines pointes à fuseaux : « Oh ! à présent nous allons avoir des cristaux de glace aux yeux », et c’était bien vrai, car au dedans de nous il faisait très chaud.

Nous soupirions tous deux sur la peine de devoir de nouveau enrouler les dentelles. C’était un long travail, mais nous ne voulions le confier à personne.

« Songe donc un peu, si nous avions dû les faire », disait maman, et elle avait l’air vraiment effrayée. Et en effet je ne me représentais pas du tout cela. Je me surprenais à penser à de petites bêtes qui filent toujours, et que, en retour, on laisse en repos. Mais non, c’était naturellement des femmes.

« Elles sont sûrement allées au ciel, celles qui ont fait cela », dis-je pénétré d’admiration. Je rappelle, car cela me frappa, que depuis longtemps je n’avais plus rien demandé sur le ciel. Maman soupira, les dentelles étaient de nouveau réunies. Après un instant, alors que j’avais déjà oublié ce que je venais de dire, elle prononça très lentement : « Au ciel ? Je crois qu’elles sont tout entières ici dedans. Quand on les regarde ainsi : ce pourrait bien être une béatitude éternelle. On sait si peu de chose sur tout cela. »

 

Dans son recueil  les "nouveaux poèmes" il écrit :

 

Couverture 1 rilke

 

 

 

 

 

 

 

 

         

 

 

 

 

La dentelle

I

Humanité : nom de possessions chancelantes,

effectif de bonheurs non encore confirmés,

est-il inhumain qu’en cette dentelle,

en ce petit bout de dentelle dense,

deux yeux se soient transformés ?

Veux-tu les ravoir ?

Toi depuis longtemps disparue, aveugle à la fin

ta joie est-elle présente en cette chose

sur laquelle les élans de ton cœur,

comme pris entre écorce et tronc,

se sont usés ?

A travers une faille du destin, une lacune,

tu as soustrait ton âme à ton temps ;

et elle est si présente dans la clarté de cet ouvrage

utile au point qu’elle me fait sourire.

II

Et si cet ouvrage et ce qui nous advient

devait un jour nous apparaître de peu

et si étranger qu’il ne mériterait point

qu’on se donnât tant de peine

à quitter l’enfance : cette bande

de dentelle jaunie, cette bande serrée

de dentelles à fleurs ne suffirait-elle guère

pour ici nous retenir ? Regarde : on l’a faite.

Une vie - qui sait – fut dédaignée peut-être ?

Un bonheur était là et fut gaspillé.

Enfin, cette chose en est née tout de même

à grand prix, à tout prendre pas plus facile que la vie

et pourtant accomplie et si belle

comme s’il était temps de sourire et de planer.

 

 

LA PETITE REINE DE LA DENTELLE de Michelle BRIEUC

Présentation du livre:


"Reçue brillament au certificat d'étaudes, le soir même, Rosy voit son destin contrecarré par l'autorité absurde de son père : au souper, il lui annonce qu'elle sera vachère. Une décision autant arbitraire que réductrice pour celle qui, du haut de ses douze ans, rêve de dentelle.
Au centre d'un contexte familial difficile, Rosy s'opposera à la brutalité paternelle et trouvera les ressources nécessaires pour échapper au sort tragique qui lui est imposé. Dans l'ombre, sa mère Marceline organisera une périlleuse fugue qui conduira sa fille vers un avenir à peine esquissé.
Seule, avec pour tout bagage ses hésitations, ses doutes, ses peines et son histoire décomposée, Rosy entrelacera ses rêves et ses fils avec passion, foi et détermination, jusqu'à faire de son talent l'unique objet de sa vie."

Extrait page 169 :


"Depuis de nombreuses années, les élèves issues de la formation remarquable de Mme Gerbot sont devenus les meilleures dentellières.
Rêver à telles distinctions est aisé, mais le parcours est laborieux. D'abord le dessin pour produire une oeuvre originale et de qualité, avec laquelle va s'exprimer le savoir-faire. Créer, imaginer, produire, tout en assurant le renouvellement et la diversifications des ouvrages, voilà de quoi bien occuper les doigts. Les règles méthodiques de cet enseignement sont incontournables pour passer à la première étape du point : le piquage sur le parchemin teinté en vert où la progression du travail est suivie. La régularité de la perforation avec l'aiguille, à espaces constants, requiert une attention rigoureuse. Après quoi, la dentellière trace les contours du dessin avec deux aiguillées de fils, une de fil double, et l'autre de fil simple. Là encore, la précision est indispensable, car l'ouvrage dépendra de cette trace sur laquelle les points vont s'implanter. Le réseau, le rempli, les modes, la brode, le levage, l'éboutage, le luchage, tous ces termes barbares ont donné bien du souci à Rosy. Depuis que le point d'Alençon existe, il n'a pas connu de variantes, c'est dire s'il est perçu comme un travail de longue haleine, il n'a pas son pareil au pays de la dentelle."

LE MIRACLE DU FIL de Henri de Régnier

Couverture regnier

 

Ce petit livre, disponible dans notre bibliothèque, rassemble seize sonnets inspirés au poète Henri de Regnier par les différentes dentelles de son époque.
C’est une édition imprimé à partir des document de la BNF, les illustrations ne sont pas très jolies mais les textes sont intéressants pour qui est curieux de cette époque ».

UN BOUQUET DE DENTELLE de Marie-Paul Armand

 

    Un roman de Marie-Paul Armand, c’est toujours une page précieuse, intime, émouvante de l’histoire du  Nord de la France. La région tout entière, de la plus humble ouvrière à l’industriel le plus opulent, vit du tissage et du textile.

    A treizeUn bouquet de dentelle ans, Emmeline connaît déjà tous les secrets du lin, du drap et du tulle. Ourleuse de mouchoirs, dentellière, brodeuse, elle excelle dans tous ces métiers…

LA DENTELLIERE D'ALENCON de Janine Montupet

La dentelliere d alencon

 

Sous le règne de louis xiv, en 1665, dans la ville d'alençon.
Une petite fille de cinq ans à peine est conduite, un noir matin d'hiver, vers dix années de claustration : elle entre en apprentissage de dentelle. sa main tremble. Elle craint de casser son fil ou de perdre son aiguille. Elle est seule face à mille terreurs ; alors, elle crée son monde à elle, entrelaçant ses rêves et ses fils. Ses mains vont, vont, vont, son esprit et son coeur aussi. Viendront, enfin, les jours de récompense.
Le plus beau visage, le regard le plus émouvant, les doigts les plus habiles à faire " la plus belle dentelle du monde ". Deux hommes, parmi les plus beaux et les plus valeureux, voudront être aimés de Gilonne. mais nous sommes dans un temps d'effroyable intolérance religieuse. Alençon, vaste atelier de " point de france ", est aussi l'un des bastions normands du protestantisme, et la répression royale s'abat sur la communauté huguenote.
La capacité de souffrance des uns n'a d'égale que la cruauté des autres. Dans cette tourmente, les dentelles se teintent de sang et les passions s'exaspèrent.